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LE PEINTRE
Il était assis sur son petit coin de monde, doucement isolé de ce qui n'était pas lui. Sur une...
LA CUISINE
Dix-neuf heures. Fin de la journée. Les portes des bureaux se ferment. Les gens songent à leur...
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Le bus, ce qu’il en reste, des bouts de tôle et des pneus rechapés, avance presque à pas d’homme...
ARTHUR A DOUZE ANS
Arthur a douze ans. Il traîne son chagrin dans les rues d’une ville...
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INTÉRIEUR NUIT
La noirceur de la ville est pesante sur cette ville qui se meut. Dans les métros souterrains, le peuple erre...
LA PLUIE EFFACE LES PAS
Soir d’hiver. Les chats sont gris plus tôt, les meurtriers de nuit allongent leur journée de travail.
L'ANIMATEUR
Chaque soir, il déplaçait ses paroles et ses musiques, d'un endroit à l'autre, sans jamais s'attarder.

L'ANIMATEUR

Chaque soir, il déplaçait ses paroles et ses musiques, d'un endroit à l'autre, sans jamais s'attarder. Il allait ainsi de bars de seconde zone en restaurants de luxe, de campings perdus en boîtes de nuit branchées, fixant sans les regarder des visages toujours neufs. Il écoutait. Malgré lui, les poings crispés, les dents serrées, il écoutait.
Plus l'été avançait, plus il avait envie de les faire taire.

Il aimait la musique. Elle était son premier amour, son unique passion. Il l'avait toujours fait passer en premier, avant la famille, avant les amis, avant les femmes. Il ne parvenait pas à faire de ce loisir un métier. Il en accusait le manque de contacts. En attendant de se faire une raison, il avait accepté cet emploi pour l'été.
Animateur karaoké. Ce n'était pas pire que serveur dans un estaminet minable.
Il se trompait.

Dès le début, il avait eu du mal à le supporter. Son patron lui avait dit qu'il s'y ferait, il l'avait cru : on lui avait enseigné que ses aînés avaient toujours raison. Pas cette fois.
Il vivait chaque journée crispé dans l'attente de la soirée. Dans l'angoisse surtout de devoir à nouveau entendre tant de chansons massacrées.
Les amateurs étaient nombreux, mais peu talentueux. Il y avait ceux qui découvraient que la chanson n'était pas uniquement constituée d'un refrain, ceux qui semblaient en désaccord profond avec la version originale, ceux qui s'essoufflaient en vain pour trouver le rythme, ceux qui chantaient comme on pleure, par à coups… Chaque soir, il découvrait de nouvelles catégories.
Pourtant, il avait voulu espérer qu'un amateur, un au moins parmi tous ceux qui défilaient, parviendrait à chanter correctement. Cet espoir s'amenuisa rapidement.
Peu à peu, il sentit la folie s'installer entre ses oreilles blessées.

Un soir, il arrêta la musique au milieu de l'interprétation nasillarde d'une femme plus très jeune sur une chanson de Francis Cabrel. Elle n'était ni pire, ni meilleure qu'une autre ; elle était juste de trop. Elle était obstinée aussi : c'est seulement quand l'écran fut éteint qu'elle consentit à s'arrêter.
Le silence prit forme.
Au fond de la salle, le propriétaire, en pleine commande pour une table de huit étudiants survoltés, leva un regard interrogateur vers le jeune homme nerveux qui animait leur soirée.
Il s'interrogeait encore quand ce jeune homme sortit l'arme de sa valise et tira, presque à bout portant, sur la cliente restée immobile au centre de la scène.

Le choc lui fit découvrir les joies de la lévitation. C'est seulement quand son corps retoucha le sol, libérant un escarpin de cuir noir qui, lui, voltigea encore un peu, que la panique s'empara de tous. C'était à qui gagnerait le premier la sortie, ou réussirait à se protéger, tremblant et en larmes, derrière une table renversée. Il n'y avait plus de fausse courtoisie, ni de politesse, même ironique. Ils semblaient mimer l'individualisme.
Il tirait sans viser, au hasard. Il n'avait pas beaucoup de munitions, et il le savait. Mais il n'aurait pas pu rester plus longtemps sans venger les chansons massacrées.
Mentalement, il décomptait les balles utilisées. Il n'entendait aucun coup partir : le choc de la première déflagration avait meurtri ses oreilles trop sensibles, et la scène se déroulait pour lui dans un étrange monde silencieux, renforçant ainsi ce tenace sentiment d'irréalité.

La dernière balle fut pour lui. L'arme contre la tempe, les yeux ouverts mais ne voyant plus rien, les sons enfin muets… Le corps retombe, et c'est la légèreté. Et une musique douce, si douce… Un souvenir d'enfance ? Non, à nouveau le silence. Le silence…

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